Magnificat - Juillet 2018

218  Au fil du mois U ne humanité privée de grâce La grande victime de ce cycle infernal de grâce et de disgrâce demeure, en effet, Athalie. Dans la scène 3 de l’acte II de sa tragédie, Racine résume ainsi, avec clair- voyance, ce qui mine cette âme en souffrance. Prise d’un songe prémonitoire sur son avenir, imaginé par Racine, Athalie convoque Mathan, le grand prêtre de Baal et exprime ainsi son mal-être : « Heureuse, si je puis trouver par son secours cette paix que je cherche et qui me fuit toujours. » Telle est bien la destinée d’Athalie, mère bles- sée, reine prisonnière de la haine qui la ronge et la jette à corps perdu dans la violence et l’abus de pouvoir. Comme Jézabel, également adepte du culte de Baal, Athalie fait preuve d’endurcissement et détourne son regard de la vérité. Mais à la différence de celle-là, elle garde cette part d’humanité qui vient de l’amour d’une mère anéantie par la mort de son fils, dont Racine a perçu les contradictions et l’incapacité à laisser passer la grâce de Dieu sur la dis- grâce de son état. Malgré les apparences, Athalie est donc une figure d’impuissance et de fragilité poussée à son terme, la mort, hors du Temple, c’est-à-dire hors de Dieu, dans le vide de la finitude 1 humaine. ( Nathalie Nabert , laïque et mère de famille, est poète, doyen honoraire de la faculté des lettres de l’Institut catholique de Paris, professeur de littératuremédiévale, fondatrice duCRESC, « Centre de recherches et d’études de spiritualité cartusienne », et de la collection « Spiritualité cartusienne » chez Beauchesne. 1. Ce qui est fini, limité à soi.

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