Magnificat - Juillet 2018

Mardi 31, méditation  411 M É D I T A T I O N D U J O U R Ignace, la violence pour le Royaume La rudesse d’Ignace tranche même sur celle de ses contemporains. Sa conversion n’y a rien changé – sauf bien sûr l’objet de tant d’énergie. Avant, de peur de boiter et de perdre son pouvoir sur les femmes, encore convalescent, il fait briser sa jambe mal consolidée. Après, dans les grottes de Manrèse, il jeûne tant qu’il tombe malade à en mourir. C’est le même Ignace ? Celui que Dieu a saisi découvre seulement, si l’on peut dire, un monde entièrement nouveau où les perspec- tives sont renversées. La seule force qui soit invincible y gît dans l’extrême faiblesse, qui vaut celle de Jésus en croix. Ignace transporte dans ce monde nouveau le guerrier qu’il fut, cherche la gloire, choisit un étendard, organise une armée ; c’est pour une victoire totale, et dont les victoires profanes auxquelles il avait rêvé enfant n’étaient qu’une prémonition, et dont le caractère para- doxal ne lui échappe désormais plus : une victoire de la faiblesse, et une victoire dans l’invisible. Le royaume des Cieux est pris par violence , écrit Matthieu, et ce sont les violents qui s’en emparent (11, 12) . Il me plaisait aussi que cette violence fût d’ailleurs ni réactionnaire, ni révolutionnaire, ni même réformatrice, ayant peu à voir avec les institutions, une violence de nomade, manifestation contemporaine de ce feu sur la terre que le Christ s’était proposé d’allumer. F rançois S ureau Avocat de profession, François Sureau est un romancier qui déploie une œuvre de haute facture. Inigo , racontant la conver- sion d’Ignace de Loyola, est un chef-d’œuvre de la littérature contemporaine. / Inigo,Paris,Gallimard,2010,p.145-146.

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