Magnificat - Juillet 2018
18 Vivre la foi aujourd’hui À la rencontre de Anne-Marie Javouhey (1779-1851) Laetitia Trémolet de Villers « Que l’on dise du mal de moi, peu m’importe ; cela fait que je n’aurai pas la peine d’en dire moi-même. Il n’y a qu’une chose qui me peine, c’est que je crains qu’il ne me reste quelque pensée de rancunes. » Tels sont les propos de mère Javouhey en réponse aux plus pénibles suspi- cions jetées sur elle par plusieurs évêques, dont ceux de Paris et d’Autun, qui vont jusqu’à priver sa congrégation Saint-Joseph-de-Cluny de la pratique des sacrements. Elle déclare plus tard que les temps d’épreuves, occasions de vivre à fond la volonté de Dieu, ont été pour elle les plus heureux de sa vie. En quelques années, une petite société qui n’a pas encore de traditions et dont beaucoup de sœurs deviennent pédagogues en enseignant, infirmières en soignant, grandit en France et se pose en Afrique et en Amérique, ébauchant partout des œuvres d’avenir. C’est comme écrit dans son histoire que les douleurs de sœur Anne-Marie sont la rançon de ses succès. Depuis son enfance en Bourgogne où elle voit la Révolution française détruire la religion catholique, elle catéchise les enfants en cachette et guide dans la nuit les prêtres pourchassés. À 19 ans, en présence de l’un de ces proscrits, elle consacre sa vie à Dieu, dans le secret d’un oratoire familial. Après des années de tâtonnements pour trouver sa voie, en 1804, avec trois de ses sœurs, elle rencontre le pape Pie VII, qui, de retour du sacre de Napoléon, fait escale à Chalon-sur- Saône. Il les encourage dans leur projet de vie consacrée et leur permet de donner libre cours à leur dynamisme. Tout commence en France auprès des blessés de guerre
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